Etre cœliaque aujourd’hui : quel rôle pour la naturopathie dans un monde saturé en gluten ?
Savez-vous pourquoi c’est 16 mai, qui a été choisi, comme Journée Mondiale, pour sensibiliser sur la maladie de cœliaque ?
Ce n’est pas un hasard médical…mais un clin d’œil symbolique !
Le 16 mai, c’est la fête de Saint Honoré, le Saint Patron des boulangers. Qui dit farine, dit pain. Qui dit pain, dit gluten et boulanger !
Or, la maladie de cœliaque est une maladie auto-immune et chronique, développée par des personnes génétiquement prédisposées. La consommation de gluten par une personne cœliaque provoque une réaction immunitaire inadaptée et disproportionnée.
Vous l’aurez compris, le gluten est loin d’être un aliment plaisir pour ces personnes, mais un véritable déclencheur inflammatoire.
Cette réaction immunitaire inadaptée déclenche des troubles digestifs, une inflammation intestinale, des carences (en raison de la mauvaise absorption des micronutriments) et une fatigue chronique.
Face à cela, l’éviction totale est la seule solution proposée aux personnes intolérantes au gluten.
Seulement, le gluten est partout dans notre alimentation du XXIème siècle.
Un véritable casse-tête pour les personnes concernées, qui mène parfois à l’isolement.
Heureusement, de plus en plus de marques ont développés des produits « sans gluten » ou « gluten free », offrant plus d’alternatives alimentaires.
Les professionnels de la naturopathie sont, de plus en plus souvent, sollicités pour des troubles liés à une mauvaise digestion du gluten.
Mais attention : cela n’efface ni les difficultés du quotidien, ni les dérives qu’on peut observer dans certains discours “santé”.
L’approche naturopathique propose un accompagnement holistique :
- Comment accompagner une personne cœliaque sans tomber dans les raccourcis, ni les promesses miracles ?
- Quel rôle peut jouer la naturopathie sans se substituer au diagnostic médical, tout en apportant une aide précieuse ?
Au-delà de l’alimentation, un suivi naturopathique va chercher à calmer l’inflammation engendrée par la maladie.
A l’occasion de la journée mondiale de la maladie de cœliaque, cet article propose de faire le point sur ce que la naturopathie peut apporter : un accompagnement global, fondé, notamment, sur la gestion du stress et la prise en charge du microbiote.
La maladie de cœliaque : une pathologie sérieuse, pas un simple « intestin capricieux »
Une maladie mal-comprise du grand public
Souvent considérée comme une mode alimentaire, le « gluten free » est une tout autre réalité pour les personnes cœliaques.
Etre intolérant au gluten n’est pas une allergie alimentaire, avec des réactions type œdème de Quincke, éruptions cutanées…
Cependant, les conséquences sont bien réelles. Mais invisibles. En effet, personne ne va voir de l’extérieur, que vous souffrez de maux de ventre, de diarrhées, ou de carences en vitamines et minéraux. Une personne cœliaque est une personne qui porte un handicap invisible. Ce n’est pas un choix alimentaire, pour elle, mais une nécessité. La maladie de cœliaque ne vise pas une seule catégorie de la population, en fonction de son genre ou de son âge. Souvent héréditaire, elle touche les personnes de tous âges, enfants comme adultes. Enfin, elle concerne, tout de même, 1% de la population, en Europe. La maladie de cœliaque est une pathologie auto-immune. C’est-à-dire que l’organisme, d’une personne cœliaque, se défend contre le gluten ingéré. Ce qui déclenche une surproduction d’anticorps. Cette réaction immunitaire génère une inflammation de la paroi intestinale, causant des lésions à divers degrés.
Chaque nouvelle absorption de gluten vient entretenir cette inflammation, à l’image de l’apport de nouvelles bûches dans la cheminée, qui entretient le feu. Bien sûr, toute personne souffrant de troubles digestifs, après avoir mangé du gluten, n’est pas nécessairement cœliaque. En effet, il y a aussi les personnes présentant une hypersensibilité non cœliaque au gluten. Cette hypersensibilité est, encore, mal définie scientifiquement. D’où l’importance d’un diagnostic établi par un professionnel de santé.
La nécessité d’un diagnostic avant l’éviction totale du gluten de l’alimentation
A la question, « Comment savoir si l’on a la maladie de cœliaque ? », la réponse est simple :
Seul un médecin peut, à la suite de différents tests, établir le diagnostic de la maladie de cœliaque.
Le médecin va rechercher, notamment, la présence d’antigènes de susceptibilité HLA-DQ2 et DEQ8, signe de la réaction auto-immune inadaptée. Le diagnostic est confirmé par une endoscopie, pour vérifier l’état des villosités intestinales et/ou par la disparition des troubles, après l’éviction totale du gluten.
Il est impératif de ne pas avoir commencer un régime sans gluten, avant de procéder aux examens, sous peine de voir les résultats faussés.
Egalement, cesser de manger du gluten, sans diagnostic, peut masquer un autre trouble du système digestif, comme le SIBO, la candidose… Ce qui va retarder la prise en charge et peut même aggraver la situation.
Le piège du « sans gluten pour tous » : quand l’alimentation devient confusion
Notre alimentation est en constante évolution
Les pratiques alimentaires ne cessent d’évoluer, sous l’influence des progrès technologiques, de la disponibilité des aliments, mais aussi de nouvelles tendances sociétales et sanitaires.
Aujourd’hui, les choix nutritionnels sont souvent dictés par des valeurs personnelles, nourries par des convictions écologiques, éthiques, ou parfois par des idées reçues ou des courants idéologiques.
Parallèlement, on observe une rupture dans la transmission des repères alimentaires traditionnels. On assiste alors à des comportements nutritionnels parfois en décalage avec les besoins physiologiques réels du corps humain.
Ainsi, l’adoption de régimes restrictifs, sans indication médicale claire, peut entraîner des effets négatifs sur la santé – même chez des personnes jeunes et en apparente bonne santé. Carences, troubles du comportement alimentaire, stagnation pondérale… autant de conséquences qui peuvent surgir d’une exclusion trop rigide ou mal encadrée.
Les régimes dits “sans” – sans viande, sans lactose, sans céréales, sans cuisson, sans gluten… ou même sans alimentation du tout (jeûnes intermittents ou prolongés) – illustrent bien cette tendance à la restriction choisie, qui peut, si elle n’est pas justifiée et équilibrée, déséquilibrer profondément l’organisme.
Le régime sans gluten est devenu emblématique des nouvelles tendances alimentaires. La raison de cet engouement : l’ambiguïté autour de son utilité.
L’éviction du gluten, comme déjà évoqué, est indispensable dans la maladie de cœliaque. Pour les personnes présentant une hypersensibilité, il est utile de le supprimer. En revanche, dans la majorité des autres cas, l’éviction du gluten n’apporte aucun bénéfice démontré, malgré sa popularité croissante dans le grand public.
Et le risque de déficits nutritionnels pour les personnes « auto-proclamée » intolérantes au gluten
C’est là le vrai risque de l’auto-proclamation « je suis allergique au gluten ».
Décidé sans diagnostic que l’on est intolérant au gluten revient à s’exposer à des déficits nutritionnels.
En souhaitant éviter le gluten, la personne va appauvrir son assiette. Ou pire, la personne va consommer des alternatives « gluten free » qui sont souvent des produits transformés, contenant plus de graisses saturées et trans.
Or, le gluten est une protéine, composée de gliadine et de gluténine. Il apporte à l’organisme des lipides, des glucides, des vitamines et minéraux. 100g de gluten apporte, environ, 370 calories d’énergie…
Le gluten est partout, puisqu’il provient, principalement, du blé, de l’orge et du seigle. Ainsi, on en retrouve dans le pain, les pâtes, les biscuits, les pâtisseries, les céréales…
Le gluten est présent aussi dans des produits non alimentaires, comme les cosmétiques ou les médicaments !
Le rôle du naturopathe dans l’accompagnement du consultant cœliaque
Avant toute chose, le professionnel de santé intégrative doit s’assurer de la prise en charge médical de son client cœliaque.
Sans diagnostic clair, il ne pourra pas accompagner une personne se disant cœliaque, au risque, comme évoqué plus haut, de passer à côté d’une candidose, d’un SIBO…
Le professionnel de santé intégrative devra, dans ces conditions, être pédagogue avec son client, garder un esprit ouvert aux différents troubles possibles et orienter son client vers son médecin traitant.
Le rôle du naturopathe est délicat mais déterminant. Il s’agit de :
- ne pas valider trop vite l’idée que « le gluten est mauvais pour tout le monde »,
- encourager un diagnostic clair et posé si la personne évoque des troubles,
- informer sans dramatiser, en gardant le cap sur la personnalisation de l’alimentation, pas sur les exclusions systématiques.
Car non, le sans gluten n’est pas LA solution universelle. C’est parfois une réponse. Parfois une piste. Et parfois… une fausse route.
Ce que l’on peut proposer, en revanche, c’est une lecture globale du terrain, un accompagnement ciblé pour apaiser les troubles, et une écoute attentive des émotions.
Soutenir le système digestif en réduisant l’inflammation
L’inflammation causée par la réaction immunitaire inadaptée provoque des lésions sur la paroi intestinale, la rendant plus perméable.
Face à un client cœliaque, le professionnel de santé intégrative s’attachera, en priorité, à soulager les villosités intestinales.
Plusieurs solutions sont, alors, à sa disposition :
- la micronutrition avec la glutamine, sous réserve des contre-indications ; le butyrate ; le zinc ; le pollen de ciste,
- la phytothérapie avec les bourgeons de noyer ou de figuier ;
Pour réduire les signes de la maladie de cœliaque, comme les ballonnements ou les diarrhées, le naturopathe pourra conseiller :
- du charbon actif,
- du psyllium,
- de l’aloé vera,
Encourager les modifications de l’alimentation, en l’absence de suivi diététique
Le professionnel de la naturopathie pourra donner des orientations, des indications pour accompagner son consultant dans sa transition alimentaire.
Au-delà de la simple éviction du gluten, il pourra lui conseiller une alimentation type méditerranéenne, riches en légumes et en fruits, viande blanche et poissons.
Cette alimentation est dite anti-inflammatoire, puisqu’elle apporte beaucoup d’anti-oxydants, de vitamines, de minéraux, et d’oméga 3.
Traditionnellement, le consultant pourra privilégier dans son assiette :
- Fruits et légumes : variés, de saison et en grande quantité, bio ou de production locale
- Céréales sans gluten : riz complet, le maïs, le millet, le sorgho, le sarrasin, le quinoa
- Légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots blancs, fèves
- Oléagineux : amandes, noix, graines de lin, graines de chia
- Poissons gras : saumon, maquereau, sardine (pour les omégas 3, pour leur rôle anti-inflammatoire)
- Huiles végétales : olive, lin
- Yaourts nature : grec ou végétal
Il faudra limiter ou éviter :
- Viandes rouges et charcuteries : limiter à 1-2 fois par semaine. Attention aux charcuteries, du gluten peut se cacher dans les ingrédients !
- Produits laitiers entiers : privilégier les versions écrémées ou végétales ; et au lait de brebis ou de chèvre
- Sucres ajoutés : boissons sucrées, pâtisseries industrielles
- Graisses saturées : beurre, crème, fritures
- Aliments ultra-transformés : plats préparés, snacks industriels, qui contiennent du gluten de façon quasi-systématique.
Le professionnel pourra, même, proposer une journée type à son client, afin qu’il ne se sente pas perdu, face à ce chamboulement de ses habitudes.
Exemple d’une journée sans gluten :
- Au petit-déjeuner
- un riz au lait ; ou un porridge à base de flocon de maïs, fruits secs, graines de chia, lait végétal ou de chèvre ;
- Un fruit de saison, pas trop mûr.
- Au déjeuner
-
- Une crudité de saison : salade verte, betterave, endives, carottes, tomates, concombres, radis, chou rouge, cœur de palmiers, poireaux, asperges, artichaut, betterave cuite, haricots verts…
- Des féculents : lentilles, pois chiches, haricots rouges, quinoa, millet, sarrasin…
- De la viande ou du poisson ou des œufs : crevettes, sardines, saumon, thon, œufs, poulet, volaille, bœuf, porc…
- Des légumes de saison : haricots verts, brocoli, chou-fleur, épinard…
- Un yaourt nature.
- En collation
-
- Un fruit de saison, ;
- Un yaourt (si pas pris en dessert le midi),
- Un gâteau préparé à la maison sans gluten (muffins, cookies…)
- Au dîner
-
- Des féculents : quinoa, tapioca, manioc, topinambour, patate douce, pomme de terre…
- Des légumes de saison : carottes, courgette, courge, butternut…
- Du fromage : emmental, gouda, edam, parmesan, fromage de brebis, fromage de chèvre … + pain au maïs en accompagnement.
Fort de cet accompagnement, le client va se sentir soutenu et compris, face aux troubles qu’il vit quotidiennement, peut-être depuis des années.
Le regard des autres, leur incompréhension, parfois l’isolement, provoqué par les troubles digestifs causés par le gluten, peuvent être lourds à porter pour la personne cœliaque.
L’accompagnement naturopathique devra, alors, aussi d’occuper de la sphère émotionnelle.
Soutenir la sphère émotionnelle
Tant qu’un diagnostic n’est pas posé, la personne cœliaque vit une forme de cauchemar.
A chaque fois qu’elle mange, l’inflammation provoquée par le gluten aggrave les signes. Manger peut rapidement devenir un fardeau, créer une angoisse. Egalement, se sentir différent, mis à l’écart, être sous les regards des autres (pourquoi il/elle ne mange pas ? Pourquoi il/elle demande s’il y a du gluten dans la sauce ?) engendre un stress, un stress chronique même, chez la personne. Ce stress va amplifier l’inflammation dans son organisme, aggravant ainsi les signes de la maladie de cœliaque. La prise en charge de la gestion du stress est un fondement de l’approche naturopathique.
Le professionnel de santé intégrative pourra proposer, selon les goûts de son client :
- Des exercices de respiration, comme la cohérence cardiaque,
- Des méditations,
- Des séances de sophrologie,
- Des séances de réflexologie
- De pratiquer une activité physique adaptée…
L’ensemble de ces propositions lui permettront de trouver la méthode qui lui convient pour gérer son stress.
Conclusion
La maladie de cœliaque est bien plus qu’un simple inconfort digestif : c’est une pathologie complexe, invisible, et souvent incomprise.
Pour les personnes concernées, vivre avec cette contrainte quotidienne nécessite des ajustements majeurs, tant sur le plan alimentaire qu’émotionnel.
Et face à cette réalité, le rôle du naturopathe prend tout son sens : non pas en substitut du médecin, mais en allié de confiance, en soutien global du mieux-être.
L’approche naturopathique, quand elle est fondée sur l’écoute et sur un accompagnement holistique, permet d’accompagner la personne dans toute sa singularité :
- en soutenant le système digestif, pour réduire l’inflammation,
- en guidant les ajustements alimentaires,
- en apaisant le stress,
- et en redonnant de l’autonomie à la personne dans la gestion de son quotidien.
Car au fond, le but n’est pas seulement de “faire sans gluten”, mais de vivre mieux avec la maladie, en retrouvant de la joie, de la variété dans l’assiette, et de la sérénité dans l’esprit.
En cette Journée Mondiale de la maladie cœliaque, il est essentiel de rappeler que l’information, la nuance et la bienveillance sont nos meilleurs outils d’accompagnement.
Et que la naturopathie, à sa juste place, peut devenir un vrai levier d’équilibre et d’humanité dans le parcours de santé de chacun.
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